Carnets d'un expatrié au cœur de la Chine - Christophe Tanguy

Publié le par Sayaelis

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Littérature Contemporaine, Sociologie
320 pages

 

"Ingénieur détaché sur un site industriel de la Chine, Christophe Tanguy a tenu, au fil des quelque 30 mois que dura son séjour, un passionnant carnet quotidien dans lequel il a noté les péripéties professionnelles et personnelles qui ont ponctué son immersion dans le monde chinois.
De son arrivée à l'usine jusqu'aux relations d'amitié qu'il tisse avec les Chinois, Christophe Tanguy n'omet rien de ses étonnements quotidiens. Son témoignage est une remarquable chronique de la "Chine intérieure".

« Seize heures, c’est le rush dans les couloirs et les escaliers de l’usine. Le bâtiment se vide en quelques minutes, direction les parcs à vélos et les grands bus articulés blancs et verts.
Quand tout est calme et semble désert, Zhao Zhen me tend une petite clef jaune en me faisant comprendre que c’est celle du bureau. Puis il se prépare à partir en m’expliquant que je dois attendre jusqu’à cinq heures pour fermer moi-même à clé. Peut-être est-ce la contrepartie de la pose repas plus longue dont bénéficient les expatriés ? J’en profite pour mettre un peu d’ordre dans mes affaires, aménager mon nouvel univers de travail. Je n’ai jamais vu des meubles aussi mal finis, pas un seul des tiroirs de mon petit bureau ne ferme correctement. Pire, le panneau avant du tiroir du haut n’est mortaisé que d’un côté et il me faut le tirer avec précaution pour éviter qu’il ne se déboîte. » "

Je ne me sens pas déçue de ma lecture, loin de là. Ces "carnets" m'ont fait passer un bon moment. Cependant, je m'attendais à quelque chose de plus drôle ou, en tout cas, plus riche en émotion. Je n'ai ni vraiment ri, ni pleuré. J'ai eu quelques mauvaises surprises, mais je n'ai pas été sidérée.  J'ai été spectatrice d'une histoire riche en petites anecdoctes intéressantes à découvrir, mais qui n'ont pas suscité une curiosité dévorante pour autant.J'ai souri assez souvent néanmoins... et suis arrivée à la conclusion que la Chine, aussi culturellement riche soit-elle, n'est pas une destination qui me conviendrait.


Il a été très intéressant pour moi de confronter ma vision stéréotypée de la Chine (et de ses habitants) à ce témoignage. Ne m'étant jamais rendue dans ce pays, et n'ayant jamais étudié son histoire plus que nécessaire, j'en avais avant tout l'image d'une contrée hygiéniquement très douteuse, sans doute peu sécurisante à plusieurs points de vue, et dans laquelle le travail, la famille et l'attachement à la nation auraient une importance capitale. Quelques images de temples chinois me venaient bien sûr spontanément à l'esprit. Une certaine dose d'obéissance hiérarchique/politique également.

Dans les grandes lignes, il faut finalement croire que les stéréotypes sont parfois assez proches de la vérité. Je vous invite à creuser le sujet néanmoins. Après tout, ce genre de livre se lit assez rapidement et la découverte d'autres cultures s'avère, je pense, toujours enrichissante.

J'ai été amusée et intéressée de découvrir le domaine du travail, les comportements des collègues de l'auteur, le fort caractère de bon nombre d'entre eux, les capacités assez impressionnantes des travailleurs (et travailleuses !)... et le décalage vis à vis des normes de sécurité et de confort qui règlent quotidiennement nos vies européennes. J'ai été marquée par le fait que l'entreprise soit bien plus qu'un lieu de travail pour les Chinois : les activités sur place vont bien au delà et, après tout, quoi de plus normal puisque la plupart des employés n'ont pas de quoi s'offrir un logement confortable où se reposer en dehors des heures de travail ?...

Avis aux féministes : vous risquez de vous sentir un peu agacées par moment. Non pas à cause des conditions des travail des femmes, non, juste à cause de certaines pensées de l'auteur. Je glisse ici davantage un clin d'oeil qu'un reproche, que M. Tanguy ne m'en veuille pas s'il passe sur mon modeste blog. Disons que, s'il me fallait faire l'éloge de l'auteur, je commencerai par m'efforcer d'oublier la manière dont il louche sur les chinoises en short dans les boîtes de nuit... C'est mon côté anti-fille-morceau-de-viande qui parle, et il n'y a aucune méchanceté dans ma remarque ;) .

Enfin, ne vous attendez pas à trouver de la grande littérature dans ces "carnets"  L'écriture n'y pas les allures de celles de grands écrivains. On peut volontiers croire à un désir de l'éditeur de ne pas dénaturer les mots originaux de notre voyageur, et d'avoir accepté un style relativement "simple". En revanche, j'ai un peu de mal à accepter les quelques fautes d'orthographe ou coquilles qui se errent par endroit...

Globalement, cette lecture a tout de même été très agréable et intéressante, bien qu'insuffisante dans son domaine. Elle me donne surtout envie d'en savoir plus sur cette région du monde... et sur d'autres. J'aurais au moins appris quelque chose grâce à la personnalité de l'auteur : on peut se débrouiller dans un pays que l'on connaît peu, si l'on ose s'aventurer, aller à l'encontre des gens et que l'on ne craint pas trop la barrière de la langue. Le tout étant à nuancer néanmoins, puisque tout le monde n'a pas la chance de voyager avec toute l'assistance de son entreprise.

Dernière petite note : la fin est assez touchante, un peu tristounettes néanmoins. Curieusement, ce sont ces dernières lignes qui m'ont fait me sentir proche de l'auteur qui, dans le fond, reste très pudique sur ses sentiments tout au long des pages précédentes.

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